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Lire plusConway the Machine - G.O.A.T. (chronique, review, tracklist)
Format : LP
Label(s) : Griselda Records, Daupe!
Genre(s) : East Coast Hip-Hop, Boom Bap, Hardcore Hip-Hop
G.O.A.T. est un projet de Conway the Machine, publié le 21 décembre 2017 en édition limitée via Griselda Records et Daupe!. L’opus rassemble plusieurs collaborations marquantes et s’inscrit dans la série de sorties underground qui ont consolidé la réputation du rappeur au sein de la scène East Coast.
Peu d’artistes peuvent transformer une tragédie en signature artistique. Conway the Machine en est l’illustration brute. Survivant d’une fusillade en 2012 qui le laisse partiellement paralysé du visage, le rappeur de Buffalo a fait de cette séquelle une force : un flow râpeux, traînant, immédiatement identifiable, qui donne à G.O.A.T. une aura presque clinique. Troisième projet majeur d’une année 2017 ultra-prolifique, cet album — dont le titre signifie ici “Grimiest Of All Time” et non “Greatest” — s’impose comme une déclaration d’intention : froide, méthodique et résolument ancrée dans une tradition hardcore new-yorkaise.
Dès l’intro éponyme “G.O.A.T”, Conway pose le cadre avec une violence sèche et imagée. Son écriture, saturée de détails crus et de rimes internes, rappelle les grandes heures du rap mafieux des années 1990, tout en cherchant à surpasser ses modèles. Une ambition qui se confirme sur “Trump”, seule entorse relative à la rigueur minimaliste du projet grâce à une production lente et hypnotique de The Alchemist, rare morceau structuré autour d’un véritable refrain.
Avec “Th3rd F”, épaulé par Raekwon, Conway joue pleinement la carte de l’héritage Wu-Tang. La boucle lancinante, presque étouffante, signée Daringer, installe un climat austère où les deux MC rivalisent de précision. Une approche qui se prolonge sur “Die on Xmas”, où Benny the Butcher vient renforcer l’identité Griselda : un rap de rue, dense, sans concession, où chaque mesure semble pesée au milligramme.
Moment particulièrement marquant, “Rodney Little” réunit Conway et le regretté Prodigy de Mobb Deep. La production évoque les expérimentations les plus sombres de RZA, et la présence posthume de Prodigy confère au morceau une gravité supplémentaire, presque prophétique. L’album atteint ensuite l’un de ses sommets avec “XXXtras”, morceau sans featuring où Conway démontre toute l’étendue de sa maîtrise : flow nonchalant, narration précise et noirceur constante.
Sur “Bishop Shot Steel”, Daringer propose une toile sonore menaçante parfaitement adaptée au débit implacable du rappeur, souvent comparé ici à un Kool G Rap moderne, bien que moins technique. “Mandatory” marque une nouvelle incursion extérieure avec Royce da 5’9”, sur une production aux accents DJ Premier, scratches inclus, confirmant l’ancrage assumé dans une esthétique boom bap classique.
La fin d’album maintient cette cohérence : “Arabian Sam’s” avec Styles P prolonge l’esprit D-Block, tandis que “Bullet Klub”, réunissant Benny the Butcher et Lloyd Banks, agit comme une conclusion dense et collective, où chacun vient renforcer la dimension cypher du projet.
Si G.O.A.T. impressionne par sa constance et la qualité de ses invités — tous issus d’une école fidèle à l’ADN hardcore new-yorkais — il révèle aussi ses limites. En s’appuyant presque exclusivement sur des codes hérités des années 90, Conway se prive parfois d’un véritable effet de surprise. Les productions de Daringer, volontairement dépouillées, flirtent avec une certaine monotonie, comme sur “Th3rd F” dont la boucle répétitive peut devenir éprouvante. Le pari implicite est clair : miser sur la qualité du rap plutôt que sur l’innovation sonore.
Ce positionnement s’inscrit dans une démarche consciente. Conway ne cherche pas à séduire un public élargi mais à s’imposer dans une niche qu’il maîtrise parfaitement. À ce titre, l’absence de Westside Gunn — pourtant omniprésent dans l’univers Griselda — permet au rappeur de s’affirmer en solo, même si elle atténue légèrement l’identité “Buffalo” du projet.
La trajectoire de Conway reste indissociable de celle de sa ville natale, longtemps restée en marge de la carte du hip-hop. Signé chez Shady Records aux côtés de son demi-frère, il évite ici toute influence directe de Eminem, livrant un projet brut, presque indépendant dans l’esprit. Sorti discrètement quelques jours avant Noël et difficilement accessible sur certaines plateformes, G.O.A.T. souffre d’une distribution atypique, conséquence de samples non autorisés et de droits fragmentés. Selon les éditions, l’album circule ainsi sous des formats allant de 5 à 10 titres, seule la version physique publiée par Daupe! et Griselda proposant l’intégralité du tracklisting.
Au final, G.O.A.T. n’est pas tant une révolution qu’une démonstration de force. Encore brut, parfois enfermé dans ses propres références, Conway the Machine y affirme néanmoins une identité forte et une plume redoutable. Un album court mais dense, qui laisse entrevoir un potentiel considérable — à condition, peut-être, de sortir à l’avenir de ce cadre volontairement restrictif pour viser plus haut que le simple statut de “grimiest”.
Tracklist (liste des titres)
| N° | Titre | Artiste(s) / Featuring | Durée |
|---|---|---|---|
| © SPHERAMA.COM | |||
| 01. | G.O.A.T | Conway the Machine | 02:29 |
| 02. | Trump | Conway the Machine | 04:49 |
| 03. | Th3rd F | Conway the Machine feat. Raekwon | 05:41 |
| 04. | Die on Xmas | Conway the Machine feat. Benny | 04:26 |
| 05. | Rodney Little | Conway the Machine feat. Prodigy | 04:59 |
| 06. | Xxxtras | Conway the Machine | 04:36 |
| 07. | Bishop Shot Steel | Conway the Machine | 03:37 |
| 08. | Mandatory | Conway the Machine feat. Royce da 5'9" | 05:14 |
| 09. | Arabian Sam's | Conway the Machine feat. Styles P | 03:56 |
| 10. | Bullet Klub | Conway the Machine feat. Benny & Lloyd Banks | 05:41 |
| Durée totale |
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