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Lire plusLes “veines de notre planète” : l’art cartographique vibrant de Robert Szucs
Et si une carte ne servait pas seulement à se repérer, mais aussi à comprendre — et à ressentir — le monde ? À travers ses créations, Robert Szucs transforme les réseaux fluviaux en fresques lumineuses qui révèlent une réalité souvent invisible : celle des bassins versants, véritables « veines de la Terre ». À la croisée de la science, de l’art et de la pédagogie, son travail propose une lecture globale des territoires, où chaque cours d’eau s’inscrit dans un système interconnecté à l’échelle planétaire.
Une démarche née de la science et de la donnée
Avant d’être artiste, Robert Szucs est un géographe spécialisé dans les systèmes d’information géographique (SIG), des outils conçus pour collecter, analyser et représenter des données spatiales avec précision. Frustré par les limites expressives de la cartographie traditionnelle, il explore de nouvelles formes visuelles capables de révéler la complexité des réseaux hydrographiques.
Les réseaux fluviaux de la France révélés comme un système ramifié, où chaque affluent participe à l’équilibre des grands bassins. | © Robert Szucs
En 2016, il publie ses premières cartes de bassins versants
et fonde Grasshopper Geography, une entreprise familiale où il crée les cartes tandis que sa partenaire Eszter en assure la gestion. Le nom du projet, issu de son surnom hongrois Szöcske (« sauterelle »), symbolise une initiative indépendante devenue internationale.
L’Inde vue à travers ses bassins versants : un maillage dense où les fleuves structurent l’un des territoires les plus hydrologiquement complexes du monde. | © Robert Szucs
Rapidement, ses cartes dépassent le cadre spécialisé et sont relayées par des médias comme CNN ou le Smithsonian, confirmant leur double statut d’objet scientifique et artistique.
Comprendre les bassins versants : les « veines de la Terre »
Un bassin versant désigne un territoire où toutes les eaux — pluie, ruissellement, rivières — convergent vers un même exutoire. Contrairement aux cartes classiques centrées sur un fleuve principal, celles de Szucs représentent l’ensemble du réseau hydrographique : chaque affluent, chaque ruisseau, chaque branche du système.
En Chine, les grands fleuves et leurs innombrables affluents dessinent une architecture hydrographique monumentale. | © Robert Szucs
Cette approche met en évidence une réalité essentielle : les systèmes hydrologiques ignorent les frontières politiques. Dans tout bassin versant, les actions menées en amont influencent directement les territoires situés en aval, révélant l’interdépendance profonde des régions qu’il traverse.
L’Iran dévoile ses réseaux fluviaux rares mais essentiels, témoins d’un équilibre fragile dans un territoire largement aride. | © Robert Szucs
L’esthétique de ces cartes découle directement des données. L’épaisseur des lignes reflète l’importance de chaque cours d’eau selon la classification de Strahler, tandis que les couleurs vives — souvent contrastées sur fond sombre — distinguent les bassins versants et renforcent la lisibilité. Le résultat évoque des formes organiques — réseaux sanguins, racines, neurones — renforçant l’image d’une planète vivante, structurée par des flux invisibles.
Cartographier le monde : un projet monumental
L’ambition de Robert Szucs a été de cartographier une grande partie des bassins versants mondiaux. Face à la densité des données, il a opté pour une approche régionale : Europe, Afrique, Amérique du Sud, Australie, États-Unis, Inde, Chine, Japon ou Indonésie.
L’Afrique apparaît comme un vaste ensemble de bassins contrastés, des grands fleuves tropicaux aux réseaux plus discrets des zones arides. | © Robert Szucs
Ce travail, largement abouti en 2018, constitue une entreprise colossale. Certaines régions restaient alors absentes — comme le Canada ou le Moyen-Orient, ajouté plus tard — mais l’ensemble offrait déjà une vision globale impressionnante.
L’Europe se révèle comme un continent de bassins interconnectés, où les frontières naturelles ignorent les frontières politiques. | © Robert Szucs
Ces cartes donnent à voir les « veines de la Terre », alors même que l’eau douce ne représente qu’environ 2,5 % de l’eau totale de la planète, dont plus de 60 % est stockée en Antarctique. Elles révèlent un système vital, fragile, soumis aux pressions du changement climatique et des activités humaines.
Un outil pédagogique et écologique
Au-delà de leur esthétique, les cartes de Grasshopper Geography constituent de puissants outils de sensibilisation. Elles rendent visibles :
- les interdépendances entre territoires
- la propagation potentielle des pollutions
- les effets du changement climatique
Au Nigeria, les réseaux fluviaux forment un système vital dominé par le bassin du Niger et ses ramifications. | © Robert Szucs
En visualisant l’ensemble d’un bassin versant, ces cartes rendent immédiatement perceptible la manière dont une pollution locale peut se propager bien au-delà de son point d’origine. Dans de nombreux grands bassins — qu’ils se situent en Amérique, en Europe, en Afrique ou en Asie — une contamination en amont peut affecter des centaines, voire des milliers de kilomètres de cours d’eau. Les cartes de Szucs ne montrent pas la pollution elle-même, mais elles révèlent la structure des réseaux fluviaux qui conditionne sa diffusion potentielle.
L’Australie expose des réseaux fluviaux irréguliers, marqués par l’alternance entre zones arides et bassins côtiers plus denses. | © Robert Szucs
Elles sont également des supports pédagogiques efficaces pour comprendre :
- les notions hydrographiques de base
- le cycle de l’eau
- les risques naturels
- les enjeux liés à l’exploitation des ressources hydriques
En mobilisant l’émotion visuelle, elles facilitent l’apprentissage et s’adaptent à différents niveaux d’enseignement.
De la carte au globe : voir le monde autrement
Après avoir cartographié les bassins versants à plat, Robert Szucs a souhaité donner une nouvelle dimension à son travail : le globe. Pour cela, il s’est associé à Columbus Globes, fondé en 1909 et reconnu pour son savoir-faire. Cette collaboration, concrétisée après plusieurs années de travail et une visite des ateliers en Allemagne en 2022, a représenté un défi technique majeur : adapter des cartes extrêmement détaillées à une surface sphérique.
Les États-Unis dévoilent une mosaïque de grands bassins versants, des Rocheuses jusqu’aux plaines centrales. | © Robert Szucs
Depuis 2016, ses créations ont été largement diffusées, exposées et publiées. Elles ont notamment été mises en avant par CNN, le Smithsonian — l’un des plus grands complexes muséaux et centres de recherche au monde, basé à Washington — ou encore la Foire du Valais 2023, un événement culturel majeur en Suisse consacré cette année-là au thème « L’eau dans tous ses états ».
Le Brésil révèle l’immensité de ses réseaux fluviaux, dominés par la puissance ramifiée du bassin amazonien. | © Robert Szucs
Observer une carte de Robert Szucs, c’est découvrir la structure invisible de notre planète. Ses œuvres montrent que les réseaux fluviaux, bien plus que de simples tracés, constituent un système vital, interconnecté et fragile. Rendre ces connexions visibles, c’est déjà changer de regard — et commencer à comprendre ce que leur préservation implique.
Références bibliographiques :
- Pixels / Robert Szucs, « Galerie officielle des cartes artistiques de Grasshopper Geography ».
URL
- Grasshopper Geography, « Collaboration Grasshopper Geography × Columbus Globes – création de globes hydrographiques ».
URL
- Kennedy Center, « RiverRun – Carte interactive des réseaux fluviaux du monde réalisée par Robert Szucs ».
URL
- Foire du Valais, « Édition 2023 – L’eau dans tous ses états ».
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