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Lire plusDunes de Piscinas : Le désert vivant de Sardaigne où la Méditerranée sculpte l’infini
En bordure de la Méditerranée occidentale, dans le sud-ouest de la Sardaigne, se déroule un paysage rare où le vent sculpte sans répit une mer de sable : les dunes de Piscinas. Véritable désert côtier niché sur la Costa Verde, ce lieu fascine par ses formes mouvantes et ses contrastes puissants — une étendue vivante comprise parmi les plus remarquables d’Europe, où la rencontre entre mer, vent et nature sauvage invite à la contemplation et à l’exploration.
À l’automne 1977, les dunes de Piscinas ont servi de décor naturel à plusieurs scènes du film L’Étalon noir, réalisé par Carroll Ballard et produit par Francis Ford Coppola. La singularité de ce paysage — vaste, minéral et presque hors du temps — fut choisie pour évoquer des territoires sauvages et indéterminés, renforçant l’illusion d’un espace primitif où la nature domine encore l’homme.
Un paysage de Sardaigne façonné par la Méditerranée et le vent
Nichées sur la côte occidentale de la Sardaigne (Italie), dans la municipalité d’Arbus, les dunes de Piscinas s’étendent le long de la Costa Verde — littéralement la « côte verte », une bande littorale sauvage de près de 47 km — entre mer et maquis méditerranéen. Surnommées le « petit Sahara italien », elles présentent des monticules de sable qui s’élèvent en vagues figées, atteignant parfois plus de 90 m de hauteur, avant d’être sculptés en continu par de puissants vents marins, dont le mistral, qui poussent les grains vers l’intérieur des terres et entretiennent la dynamique incessante de ce paysage exceptionnel.
La diversité texturale du site est saisissante : de vastes étendues de sable fin s’alternent avec des crêtes aiguës, des vallonnements doux et des taches de végétation rabougrie, toutes adaptées à un milieu où l’eau est rare et le vent omniprésent. L’œil est attiré par l’éclat du sable au soleil, le contraste entre l’ocre des dunes et le bleu profond de la mer, ainsi que par la ligne d’horizon immuable qui semble fondre la terre dans le ciel.
Le relief environnant est marqué par une transition progressive depuis les collines boisées vers la côte, où les dunes dominent un littoral qui s’étire en grandes plages sablonneuses, isolées et protégées de l’urbanisation.
Aux origines d’un « petit désert » méditerranéen
La genèse des dunes de Piscinas est le fruit d’interactions millénaires entre la mer, le vent et les apports sédimentaires. Durant les phases climatiques du Quaternaire, les niveaux de la mer et les forces éoliennes ont permis l’accumulation progressive de sable sur cette portion de côte, créant une bande dunaire qui s’étend aujourd’hui sur plusieurs kilomètres de l’intérieur vers le bord de mer.
Modelées jour après jour par les vents venus du large, les dunes de Piscinas avancent lentement vers l’intérieur des terres, sculptant un paysage mouvant où chaque rafale redessine les courbes du désert méditerranéen. | © Vincenzo
Le mistral, vent dominant de nord-ouest, joue un rôle structurant dans l’évolution du site : il transporte en continu les grains de sable les plus fins vers l’intérieur des terres, façonnant des crêtes mobiles et des reliefs en perpétuelle transformation. Ce processus explique à la fois la qualification de « dunes vivantes » et l’ampleur exceptionnelle du système de Piscinas, dont certaines formations atteignent près de 100 mètres de hauteur — un peu moins que la Dune du Pilat — ce qui en fait l’un des systèmes dunaires les plus élevés d’Europe. Cette dynamique éolienne active, devenue rare à l’échelle méditerranéenne, confère au site une valeur scientifique majeure pour l’étude des systèmes dunaires côtiers contemporains.
La rivière Irvi traverse aujourd’hui les dunes de Piscinas dans un lit souvent réduit ou asséché selon les saisons. Son cours rappelle le passé minier d’Ingurtosu et Montevecchio : lors des crues, ses eaux peuvent charrier des résidus chargés en métaux lourds (cadmium, plomb, zinc, arsenic), témoignant de la lente reconquête de la nature sur l’histoire industrielle de la Costa Verde. | © JakaZvan
Sur le plan historique, cette région de la Costa Verde fut autrefois un cœur industriel majeur : au XIXᵉ et XXᵉ siècles, des mines d’argent, de plomb et de zinc — notamment celles d’Ingurtosu et de Montevecchio — y mobilisèrent des milliers de travailleurs et marquèrent durablement le territoire. Le dépôt minier de Piscinas, aujourd’hui restauré et transformé en hôtel, porte encore les traces de cette époque et offre un pont tangible entre histoire humaine et nature sauvage.
Vie silencieuse au milieu des dunes : biodiversité et protection
Contrairement aux apparences désertiques, les dunes de Piscinas abritent une biodiversité discrète mais bien adaptée. Dans ce milieu fragile, certaines espèces végétales ont développé des stratégies de survie face à l’aridité, à l’ensoleillement intense et à la rareté de l’eau permanente. La végétation méditerranéenne, essentiellement concentrée sur les zones stabilisées, se compose notamment de lentisques, de genévriers parfois pluricentenaires, de genêts et d’euphorbes, dont les systèmes racinaires jouent un rôle clé dans la fixation du sable et la structuration du paysage.
Genévriers sculptés par le vent, lentisques robustes, euphorbes et plantes psammophiles aux racines profondes : une végétation tenace qui s’accroche au sable et donne vie à l’un des écosystèmes dunaires les plus remarquables de Méditerranée. | © iDrops
La faune n’est pas en reste : le cerf sarde (Cervus elaphus corsicanus) fréquente occasionnellement les franges des dunes, tandis que la tortue méditerranéenne terrestre (Testudo hermanni) trouve dans la garrigue adjacente un habitat favorable. Au printemps et en été, le rivage devient également un lieu de ponte pour la tortue caouanne (Caretta caretta), espèce marine protégée qui remonte la plage pour enterrer ses œufs dans le sable chaud.
Pour préserver cet équilibre délicat, les dunes sont intégrées à plusieurs Zones d’Intérêt Communautaire au sein du réseau Natura 2000, qui veillent à réglementer les usages humains, à limiter les perturbations et à encourager une fréquentation respectueuse. Les sentiers balisés et l’interdiction de circuler hors des pistes participent ainsi à la conservation de ce patrimoine naturel singulier.
Se rendre à Piscinas : accès et conseils pratiques
Les dunes de Piscinas sont accessibles depuis la commune d’Arbus, située à environ 25-30 km au nord de la zone dunaire. Depuis Cagliari, un itinéraire routier via la SS131 et la SS126 mène vers Arbus, puis une piste non goudronnée d’une dizaine de kilomètres conduit jusqu’à la plage et au cœur du système dunaire. La possession d’un véhicule est recommandée car les transports publics ne desservent pas directement ce site isolé.
La meilleure période pour visiter s’étend de mai à septembre, lorsque les conditions climatiques sont clémentes et que les nuits d’été favorisent l’observation de la ponte des tortues marines. Hors saison estivale, le vent peut être fort et les températures plus fraîches, ce qui requiert une préparation adaptée avant toute exploration.
Unique en Méditerranée, le paysage des dunes de Piscinas incarne l’alliance fascinante entre forces naturelles puissantes et biodiversité fragile, sculptant un espace où les lignes entre désert et littoral s’effacent. Témoignage d’une histoire humaine et naturelle riche, ce lieu offre une expérience immersive inégalée — un patrimoine vivant qui mérite pleinement son statut de site protégé et l’attention de tout voyageur en quête d’exception.
Ressources bibliographiques :




