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Lire plusConway the Machine - From King To A GOD (Deluxe) (chronique, review, tracklist)
Format : Album (Deluxe)
Label(s) : Griselda Records, Drumwork Music Group, Empire
Genre(s) : East Coast Rap, Boom Bap, Hardcore Rap, Rap underground
From King To A GOD (Deluxe) est le premier véritable album studio de Conway the Machine, paru le 11 septembre 2020, avant d’être enrichi de plusieurs titres supplémentaires dans une édition Deluxe qui vient prolonger l’un des projets les plus ambitieux de sa discographie.
Dans l’univers de Griselda, la productivité tient souvent lieu de marque de fabrique. En quelques années, Westside Gunn, Benny The Butcher et Conway the Machine ont imposé une esthétique immédiatement identifiable, nourrie de boom-bap rugueux, de récits criminels minutieux et d’une mémoire assumée du rap new-yorkais des années 1990. Pourtant, malgré son rôle central dans cette ascension, Conway est longtemps resté dans une forme d’entre-deux : reconnu pour sa technicité redoutable, mais encore en quête d’un projet pleinement structurant capable d’asseoir sa stature d’artiste solo.
From King To A GOD s’inscrit précisément dans cette bascule. Dès son intitulé, le disque affiche une ambition qui dépasse le simple cadre du street album. Conway n’y cherche plus seulement la confirmation de son statut, mais une forme d’élévation artistique, presque programmatique. Cette intention traverse l’ensemble du projet, qui gagne en cohérence narrative, en diversité sonore et en densité émotionnelle. L’ensemble marque une étape charnière dans l’évolution d’un rappeur jusqu’ici surtout reconnu pour ses apparitions et ses collaborations.
L’ouverture avec “From King”, produite par Daringer, pose immédiatement les bases de cette ambition. Le morceau fonctionne comme une introduction solennelle, où Conway revisite son parcours avec une gravité assumée. L’instrumentale, dépouillée et cérémonielle, installe une atmosphère de transition plus que de simple entrée en matière. Cette lenteur apparente n’est pas un défaut mais un choix d’installation, qui donne au disque une assise presque rituelle.
Le contraste arrive avec “Fear Of God”, produit par Hit-Boy, qui élargit immédiatement le spectre sonore. Plus lumineux, plus aéré, le titre s’éloigne temporairement de l’austérité caractéristique de Griselda sans en trahir l’essence. L’intervention de Dej Loaf introduit une dimension mélodique inattendue, mais parfaitement intégrée. Ce morceau illustre une volonté claire d’ouverture, tant dans les choix de production que dans la construction des featuring.
Le retour à une tension plus classique s’opère avec “Lemon”, en collaboration avec Method Man. Sur une production sombre signée Daringer et Beat Butcha, le titre repose sur une logique de confrontation maîtrisée entre générations. L’expérience du vétéran du Wu-Tang Clan rencontre la précision chirurgicale de Conway, donnant naissance à un morceau dense, sans surcharge inutile, où chaque verse s’inscrit dans une logique de performance contrôlée.
Cette dynamique se prolonge avec “Dough & Damani”, construit autour d’un échange de textures entre The Alchemist et Daringer. Le changement de beat, parfaitement intégré, renforce l’impression de mouvement interne du morceau. Conway y adopte une posture plus réflexive, abordant la réussite non plus uniquement comme une conquête, mais comme un processus structuré, fait de calculs et de renoncements.
L’album retrouve ensuite une dimension plus collective avec “Juvenile Hell”, où Flee Lord, Havoc et Lloyd Banks viennent s’inscrire dans une esthétique de rue sans concession. Ici, aucune recherche de compromis : la production privilégie la tension brute, les flows s’enchaînent sans rupture mélodique, et Conway conserve naturellement une position centrale grâce à la constance de son intensité.
L’hommage à DJ Shay apparaît ensuite à travers “Words From Shay (Interlude)”, qui introduit une dimension plus humaine au sein d’un projet dominé par la maîtrise technique. Cette respiration ouvre la voie à “Front Lines”, où Conway adopte un registre plus engagé, abordant frontalement les violences policières et les tensions sociales aux États-Unis. Sans tomber dans le didactisme, le morceau élargit le cadre du disque en l’ancrant dans une réalité politique plus explicite.
La seconde moitié du projet s’inscrit dans une logique de densification progressive. Les morceaux alternent entre introspection plus marquée et démonstrations techniques, sans rupture de cohérence. Cette construction évite toute impression de répétition, en maintenant un équilibre entre continuité stylistique et variations de ton.
Des titres comme “Seen Everything But Jesus” approfondissent encore la dimension autobiographique, avec une écriture plus resserrée et plus contemplative. Conway y met davantage à distance son propre personnage, laissant apparaître une forme de lucidité plus désenchantée, moins dans l’affirmation que dans l’observation.
Sur le plan sonore, l’identité du projet reste fermement ancrée dans l’univers de Daringer et de The Alchemist, mais s’autorise par moments des respirations plus larges. Cette légère ouverture n’altère jamais la cohérence globale, mais contribue à enrichir la perception de l’ensemble, en évitant toute uniformité excessive.
La logique collective, même plus diffuse, continue d’alimenter la structure du disque. Les interventions extérieures s’intègrent sans rupture, renforçant l’idée d’un univers partagé plutôt que d’une simple succession de featurings. Cette continuité participe à la solidité globale du projet.
L’édition Deluxe vient prolonger cette architecture sans la bouleverser. Les ajouts fonctionnent comme des extensions naturelles, renforçant les axes déjà présents : introspection, maîtrise technique et réflexion sur la trajectoire personnelle. L’ensemble confirme la capacité de Conway à maintenir une exigence d’écriture constante, sans dilution de son identité.
Pris dans sa globalité, From King To A GOD (Deluxe) apparaît ainsi comme un projet de consolidation plutôt que de rupture. Il ne marque pas une transformation brutale, mais l’affirmation progressive d’un statut déjà en construction. Conway y confirme sa place parmi les figures majeures de Buffalo, tout en élargissant progressivement son champ d’expression. L’intérêt du disque réside moins dans la prise de risque que dans la cohérence de sa vision et la maîtrise de son exécution.
Tracklist (liste des titres)
| N° | Titre | Artiste(s) / Featuring | Durée |
|---|---|---|---|
| © SPHERAMA.COM | |||
| 01. | From King | Conway the Machine | 03:41 |
| 02. | Fear Of God | Conway the Machine feat. Dej Loaf | 02:57 |
| 03. | Lemon | Conway the Machine feat. Method Man | 03:13 |
| 04. | Dough & Damani | Conway the Machine | 05:02 |
| 05. | Juvenile Hell | Conway the Machine feat. Flee Lord, Havoc & Lloyd Banks | 03:36 |
| 06. | Words From Shay (Interlude) | Conway the Machine | 01:20 |
| 07. | Front Lines | Conway the Machine | 03:55 |
| 08. | Anza | Conway the Machine feat. Armani Caesar | 03:33 |
| 09. | Seen Everything But Jesus | Conway the Machine feat. Freddie Gibbs | 04:22 |
| 10. | Words From Shay (Interlude 2) | Conway the Machine | 00:28 |
| 11. | Spurs 3 | Conway the Machine feat. Benny the Butcher & Westside Gunn | 04:27 |
| 12. | Forever Droppin Tears | Conway the Machine feat. El Camino | 07:56 |
| 13. | Jesus Khrysis | Conway the Machine | 02:17 |
| 14. | Nothin Less | Conway the Machine | 02:47 |
| 15. | Raw Oysters | Conway the Machine | 03:45 |
| 16. | Ameenah's Van | Conway the Machine | 02:52 |
| 17. | Crack In The Nineties | Conway the Machine feat. Jae Skeese & 7xvethegenius | 05:39 |
| 18. | Serena vs Venus | Conway the Machine | 03:22 |
| 19. | Stefon Diggs | Conway the Machine feat. Jae Skeese | 02:55 |
| Durée totale |
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