expression ménager la chèvre et le chou © Pixabay

Expression : ménager la chèvre et le chou (définition, signification, origine, étymologie)

 

Définition et signification de l'expression ménager la chèvre et le chou

  • S'efforcer de concilier des intérêts opposés.
  • Adopter une position équivoque pour satisfaire deux parties antagonistes.
  • Éviter de prendre parti afin de ne froisser ni l’un ni l’autre camp.

L’expression « ménager la chèvre et le chou » désigne, au sens figuré, l’attitude d’une personne qui cherche à préserver deux intérêts inconciliables, généralement pour éviter un conflit ou maintenir une position avantageuse. Elle s’emploie souvent pour qualifier un comportement diplomatique, habile ou calculateur, qui consiste à ne pas se compromettre, tout en tentant de rester en bons termes avec des camps opposés. Si cette stratégie peut être perçue comme une preuve de prudence ou de finesse, elle peut également être critiquée lorsqu’elle traduit une absence de fermeté ou un manque de clarté dans la prise de position.

Origine et étymologie de l'expression ménager la chèvre et le chou

L’expression remonte au XIIIe siècle, sous une forme proche de « savoir passer la chèvre et le chou », qui évoquait déjà l’idée de compromis délicat. Elle puise son origine dans une image campagnarde : la chèvre, friande de chou, représente un danger permanent pour ce dernier. Dans une situation où l’on souhaite conserver à la fois l’animal et le légume, il faut alors redoubler de vigilance et de subtilité pour les tenir séparés, sans léser ni l’un ni l’autre. Cette métaphore illustre la complexité de certains arbitrages et la nécessité d’une gestion équilibrée de forces contradictoires.

Le verbe « ménager » doit ici être compris dans son sens ancien : « traiter avec ménagement », « agir avec précaution » ou encore « éviter d’offenser ». Ce sens subsiste dans des expressions comme « ménager la susceptibilité de quelqu’un », soulignant un effort pour ne heurter aucune des parties concernées.

La construction imagée de cette locution en a assuré la pérennité dans la langue française. Elle évoque à la fois un savoir-faire tactique et une forme de neutralité prudente, souvent employée dans les contextes politiques ou sociaux où il s’agit de maintenir un équilibre instable entre des forces adverses. Cette formule a même donné naissance, en Belgique francophone, au terme familier « chèvrechoutiste », désignant avec une touche d’ironie une personne qui s’efforce, parfois à l’excès, de plaire à tout le monde.

Usage contemporain et extension du sens de l'expression ménager la chèvre et le chou

Ménager la chèvre et le chou connaît aujourd’hui une large diffusion dans les discours politiques, médiatiques et professionnels. Elle s’applique souvent à des décideurs accusés d’ambiguïté ou d’immobilisme lorsqu’ils refusent de trancher entre deux options divergentes. Par extension, elle peut aussi souligner une forme de duplicité stratégique, lorsque l’on cherche à préserver ses intérêts auprès de deux camps opposés, sans jamais s’engager clairement.

Ainsi, cette locution conserve sa portée imagée tout en s’enrichissant de connotations contemporaines. Elle incarne la tension entre diplomatie et opportunisme, entre prudence et manque de courage, selon le regard porté sur la situation et l’intention prêtée à celui ou celle qui cherche à « ménager la chèvre et le chou », invitant à agir avec intelligence afin de nager entre deux eaux, sans faire de vagues tout en évitant de s'attirer les foudres de quelqu'un.