La ziggourat d’Ur, vestige majeur de la civilisation sumérienne — Édifiée au IIIᵉ millénaire avant l'ère chrétienne en Mésopotamie méridionale, cette structure monumentale témoigne de l’urbanisation précoce, de l’architecture sacrée et de l’organisation religieuse qui caractérisent l’une des plus anciennes civilisations de l’histoire. | © jackfrost1957

Classement des civilisations les plus anciennes attestées

 

Les civilisations les plus anciennes attestées sont la civilisation sumérienne, la civilisation égyptienne, la civilisation de Caral, la civilisation de l'Indus et la civilisation d'Élam. Chacune de ces sociétés se distingue par une organisation sociale, politique et économique structurée, marquée par l’urbanisation, l’écriture ou des centres cérémoniels, fondant ainsi les bases des premières civilisations historiques.

Les premières civilisations connues émergent bien avant l’Antiquité classique, dans des contextes géographiques et culturels très variés. De la basse Mésopotamie aux vallées fluviales de l’Indus, du Nil ou du Fleuve Jaune, certaines sociétés franchissent un seuil décisif : celui d’une organisation collective durable, fondée sur l’urbanisation, la spécialisation économique, des formes de pouvoir identifiables et, parfois, l’apparition de l’écriture. Ces sociétés ne relèvent plus du simple cadre préhistorique : elles laissent des traces suffisamment structurées pour être identifiées, datées et comparées.

Les plus anciennes d’entre elles apparaissent au IVᵉ millénaire avant notre ère, à commencer par Sumer et l’Égypte, souvent considérées comme les matrices du monde historique. Mais cette dynamique n’est ni linéaire ni exclusivement orientée vers le Proche-Orient. En Amérique andine, la civilisation de Caral développe dès le IIIᵉ millénaire un urbanisme monumental et une organisation sociale complexe sans recourir à l’écriture, tandis qu’en Nubie, le royaume de Kerma s’impose très tôt comme une puissance régionale structurée, longtemps sous-estimée face à l’Égypte pharaonique et ses pyramides monumentales.

Focus sur Mehrgarh, Cucuteni–Trypillia et Jōmon

Certaines sociétés très anciennes sont exclues de cette analyse en raison d’une définition volontairement exigeante de la notion de « civilisation ».

C’est notamment le cas de Mehrgarh (v. −7000), foyer précoce de sédentarisation et d’agriculture annonçant la civilisation de l’Indus, de Cucuteni–Trypillia (v. −4800), caractérisée par de vastes mégasites communautaires en Europe orientale, et de la culture Jōmon, société sédentaire du Japon fondée sur la chasse, la pêche et une poterie particulièrement élaborée.

S’ils constituent des jalons majeurs de la complexification sociale humaine, ces ensembles ne présentent ni pouvoir politique centralisé durable, ni urbanisme institutionnalisé, ni appareil administratif identifiable, et relèvent davantage du proto-urbain ou du Néolithique avancé que du cadre civilisationnel strict.

Ce panorama met également en lumière des civilisations moins connues mais essentielles pour comprendre la diversité des trajectoires historiques : l’Élam iranien, longtemps indépendant des dynamiques mésopotamiennes ; la civilisation de l’Indus, remarquable par son urbanisme standardisé ; ou encore la dynastie Xia (Chine), dont l’existence, longtemps considérée comme légendaire, trouve aujourd’hui un appui croissant dans l’archéologie du site d’Erlitou. L’ensemble dessine un monde ancien pluriel, où la notion même de civilisation se décline selon des formes politiques, sociales et culturelles très différentes, mais comparables par leur degré de structuration.

Classement des civilisations les plus anciennes attestées

Sources principales : Encyclopædia Britannica, Cambridge History, Burbank & Cooper et al.[voir références].
Civilisation Aire géographique Critères d’attestation et de structuration Date d’apparition
(calendrier gréogorien)
© SPHERAMA.COM
Civilisation sumérienne Mésopotamie méridionale (Irak actuel) Urbanisation précoce, écriture cunéiforme, cités-États organisées v. −3500
Civilisation égyptienne Vallée du Nil (Égypte) Pouvoir centralisé, écriture hiéroglyphique, architecture monumentale v. −3100
Civilisation de Caral / Norte Chico Côte pacifique du Pérou Urbanisme monumental, centres cérémoniels, organisation sociale hiérarchisée v. −3000
Civilisation de l’Indus Vallée de l’Indus (Pakistan, Inde) Urbanisme planifié, administration standardisée, proto-écriture v. −2600
Civilisation d’Élam Sud-ouest de l’Iran Organisation politique précoce, écriture proto-élamite, centres urbains v. −2600
Civilisation nubienne (Kerma) Haute vallée du Nil (Soudan) Royaume structuré, urbanisation précoce, réseaux commerciaux régionaux v. −2500
Civilisation akkadienne Mésopotamie (Irak actuel) État territorial unifié, administration impériale, écriture cunéiforme v. −2330
Civilisation de la dynastie Xia (culture d’Erlitou) Vallée du Fleuve Jaune (Chine) Centres palatiaux, hiérarchie sociale, proto-État dynastique v. −2100
Civilisation minoenne Crète (mer Égée) Centres palatiaux, réseaux commerciaux maritimes, écriture linéaire A v. −2000
Civilisation assyrienne Haute Mésopotamie Villes fortifiées, pouvoir dynastique, écriture cunéiforme v. −1900
Civilisation babylonienne Basse Mésopotamie État territorial amorrite, droit écrit, administration centralisée v. −1800
Civilisation hittite Anatolie centrale État structuré, droit codifié, écriture cunéiforme v. −1700
Civilisation mycénienne Grèce continentale Palais fortifiés, hiérarchie sociale, écriture linéaire B v. −1600
Civilisation chinoise des Shang Vallée du Fleuve Jaune (Chine) Pouvoir dynastique, écriture oraculaire, centres urbains fortifiés v. −1600
Civilisation olmèque Côte du golfe du Mexique Centres cérémoniels monumentaux, organisation religieuse et politique v. −1500
Civilisation phénicienne Levant méditerranéen Cités marchandes, alphabet consonantique, réseaux commerciaux v. −1500
Civilisation chinoise des Zhou Chine du Nord État féodal structuré, écriture continue, légitimation politique v. −1046

Notes méthodologiques : Ce panorama repose sur l’identification des premières sociétés complexes attestées par l’archéologie et, le cas échéant, par l’écriture. Il ne vise ni les peuples préhistoriques ni la durée d’existence des cultures, mais la plus ancienne attestation fiable d’une organisation sociale, politique et économique structurée. Les dates retenues reflètent les consensus historiographiques actuels et tiennent compte des incertitudes inhérentes aux sources. La colonne « Critères d’attestation et de structuration » synthétise la nature des sources et les principaux marqueurs de complexité sociale.

Ressources bibliographiques :

  • David Wilkinson, « Civilizations, Cores, World Systems », Comparative Civilizations Review, Fall 1987.
  • Louis‑Henri Fournet, Tableau synoptique de l'histoire du monde, Édition Sides, 1990.
  • Andrew M. T. Moore, Gordon C. Hillman et Anthony J. Legge, Village on the Euphrates: From Foraging to Farming at Abu Hureyra, Oxford University Press, 2000.
  • Guy Ankerl, Coexisting Contemporary Civilizations, INUPress, Genève, 2000.
  • Guillermo Algaze, The Uruk World System: The Dynamics of Expansion of Early Mesopotamian Civilization (2ᵉ éd.), University of Chicago Press, 2004.
  • Bertrand Binoche, Les Équivoques de la civilisation, Champ Vallon, 2005.
  • Peter J. Heather, The Fall of the Roman Empire: A New History of Rome and the Barbarians, Oxford University Press, 2005.
  • Alain Testart, Éléments de classification des sociétés, Éd. Errance, 2005.
  • Paul Trouillas, Séparation et Civilisation, Hermann Documents, Éditions Hermann, 2010.
  • Ian Morris, The Measure of Civilization: How Social Development Decides the Fate of Nations, Princeton University Press, 2013.
  • Brett Bowden, « Civilization and its Consequences », Oxford Handbook Topics in Politics, Oxford Academic, 2015.
  • Jean‑Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances, La Découverte, 2018.
  • Arnaud Dephalese, France : Dictionnaire critique de civilisation contemporaine, Coneuwe, 2024.
  • Encyclopædia Britannica, consulté pour les chronologies et durées des civilisations.
  • The Cambridge History (volumes divers), Cambridge University Press, pour les contextes impériaux régionaux.