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Hémisphère océanique : quand l’eau domine la moitié de la planète

 

L’hémisphère océanique, souvent désigné en anglais sous le terme water hemisphere, est la moitié de la Terre où la mer gagne la partie — littéralement — en superficie. Centré approximativement dans le Pacifique Sud, cet hémisphère illustre comment la distribution des océans conditionne le climat, la circulation océanique, la biodiversité marine et même certaines dynamiques humaines.

Définition et localisation de l’hémisphère océanique

L’« hémisphère océanique » est l’hémisphère de la planète pour lequel la proportion de surface recouverte par l’eau est maximale. Il s’oppose à l’hémisphère continental (ou land hemisphere), qui maximise la surface des terres émergées. À noter que La distinction entre hémisphère terrestre et hémisphère océanique a été formalisée par des géographes au XXᵉ siècle. Les outils modernes — imagerie satellitaire, SIG et bathymétrie détaillée — ont permis d’affiner les calculs et de diffuser ces notions dans l’enseignement et la vulgarisation géographique.

Comparaison avec l’hémisphère continental
L’hémisphère continental — dont le centre approche la région de Nantes (France) dans les repères classiques — concentre la majorité des terres émergées : près de 80 % de la surface terrestre globale s’y trouve. Pourtant, même cet hémisphère dit “terrestre” reste majoritairement recouvert par l’eau (≈ 53 % d’eau contre 47 % de terres), ce qui souligne la prédominance océanique à l’échelle planétaire.

Représentation comparative des deux hémisphères définis selon la répartition des terres émergées et des étendues marines

Représentation comparative des deux hémisphères définis selon la répartition des terres émergées et des étendues marines. L’hémisphère continental, centré près de Nantes (France), regroupe environ 80 % des terres de la planète, tandis que l’hémisphère océanique, centré dans le Pacifique Sud, maximise la surface recouverte par l’eau. Cette dichotomie cartographique illustre la prédominance océanique à l’échelle globale et révèle les contrastes géographiques majeurs entre les deux moitiés du globe. | © Almuatasim Alomari / ResearchGate

Les calculs cartographiques modernes situent le centre de l’hémisphère océanique aux alentours de 47°13′ S, 178°28′ E, dans le Pacifique Sud, non loin de la Nouvelle-Zélande. Cette localisation n’est pas anecdotique : elle matérialise la concentration des grandes étendues océaniques — Pacifique, Indien et océan Austral — dans une même moitié du globe.

Proportions, topographie océanique et bathymétrie

Dans la configuration retenue par la plupart des études et des cartes pédagogiques, l’hémisphère océanique affiche une prédominance nette de l’eau : environ 89 % de sa surface est recouverte par les océans et mers, tandis que la surface émergée représente approximativement 11 %. Pour mémoire, la planète entière présente une répartition proche de 71 % d’eau pour 29 % de terres émergées. Ces valeurs peuvent varier légèrement selon le traitement des glaces terrestres (Antarctique) et la précision des lignes côtières utilisées dans les calculs.

Représentation planisphérique du globe terrestre avec recentrage sur le bassin pacifique

Représentation planisphérique du globe terrestre avec recentrage sur le bassin pacifique. Ce cadrage met en évidence l’immensité océanique de l’hémisphère sud et la dispersion insulaire de l’Océanie, tout en reléguant les continents euro-africains aux marges. Utilisée en cartographie physique et géopolitique, cette projection souligne la continuité maritime entre l’Asie orientale, l’Amérique occidentale et les archipels du Pacifique. | © National Geographic Maps

Les bassins inclus dans l’hémisphère océanique (Pacifique, Indien, parties de l’Atlantique Sud et l’Océan Austral) présentent des reliefs sous-marins variés : dorsales, bassins abyssaux, plaines abyssales et plateaux continentaux. La profondeur moyenne des océans mondiaux tourne autour de 3 600–3 700 mètres, et la taille colossale du Pacifique rend cet hémisphère particulièrement significatif pour les volumes d’eau, la circulation thermohaline et le stockage de chaleur.

Effets climatiques : rôle modérateur et circulation

La grande proportion d’eau a un effet modérateur sur les températures : l’eau se réchauffe et se refroidit plus lentement que la terre, ce qui réduit les amplitudes thermiques saisonnières et diurnes sur les zones maritimes. Les vastes surfaces océaniques amplifient en outre les échanges d’énergie et d’humidité entre océan et atmosphère, alimentant des phénomènes climatiques majeurs (variations ENSO, moussons, systèmes cycloniques).

Représentation des grands courants océaniques profonds et de surface

Représentation des grands courants océaniques profonds et de surface formant la « ceinture transporteur planétaire ». Ce système global, fondé sur les différences de température et de salinité des masses d’eau, couple plusieurs cellules de convection interocéaniques. Il joue un rôle majeur dans la redistribution de la chaleur à l’échelle du globe, influençant les climats régionaux et participant à la régulation thermique de la planète. | © Luis Fernández García / Wikimedia Commons

À l’échelle planétaire, la circulation océanique de surface et profonde — combinée aux vents — redistribue la chaleur et la salinité. Dans l’hémisphère océanique, les interactions entre courants (par exemple les branches du courant circumpolaire) et grands bassins créent des connectivités climatiques qui conditionnent la météo et le climat régional sur des milliers de kilomètres.

Biosphère marine et impacts du changement climatique

En concentrant une large fraction des surfaces océaniques, l’hémisphère océanique abrite une part importante de la production primaire océanique (phytoplancton) et des cycles biogéochimiques (carbone, azote, phosphore). Les zones productives côtières et équatoriales, les upwellings et les fronts océaniques favorisent des écosystèmes marins riches, tandis que les zones abyssales contribuent aux puits de carbone à long terme.

Principales zones de remontée d’eau froide (upwellings)

Principales zones de remontée d’eau froide (upwellings) Localisation des régions océaniques où des eaux profondes, froides et riches en nutriments remontent vers la surface (zones en rouge). Ces upwellings, souvent situés au large des côtes ouest des continents (ex. : Pérou, Namibie, Californie), jouent un rôle clé dans la productivité biologique marine et influencent les climats régionaux en refroidissant les masses d’air côtières. | © NOAA

Les océans absorbent une part significative du surplus de chaleur anthropique et une grande partie du dioxyde de carbone émis. Dans un hémisphère où l’océan domine, ces processus prennent une ampleur particulière : la dilatation thermique des eaux, combinée à la fonte des glaces, participe à l’élévation du niveau marin. Par ailleurs, l’acidification due à l’absorption de CO₂ et l’altération des zones productives constituent des risques pour les services écosystémiques marins.

Pressions anthropiques, incertitudes et évolution géologique

Pollution (plastiques, polluants chimiques), surpêche, destruction d’habitats et impacts du trafic maritime affectent massivement les zones océaniques. Parce que l’hémisphère océanique concentre l’essentiel des surfaces marines, la mise en place de politiques de gestion durable à grande échelle (aires marines protégées, régulation des pêcheries, réductions des émissions) y revêt une importance stratégique pour la résilience globale du système Terre.

Illustration du gyre subtropical du Pacifique Nord, où les courants marins concentrent des millions de tonnes de débris plastiques en suspension

Illustration du gyre subtropical du Pacifique Nord, où les courants marins concentrent des millions de tonnes de débris plastiques en suspension. Ce phénomène, amplifié par la dynamique de la circulation océanique, incarne les paradoxes de l’hémisphère océanique : immensité marine, connectivité planétaire… mais aussi vulnérabilité écologique. Dans une moitié du globe où l’eau domine, les pollutions invisibles deviennent globales, portées par les flux qui relient les bassins océaniques. | © NOAA

Le calcul du « centre » de l’hémisphère océanique dépend des jeux de données (définition des côtes, inclusion ou non des glaces terrestres) et des méthodes géométriques employées. À l’échelle géologique, la tectonique des plaques et les variations du niveau marin modifient progressivement la répartition des terres et des océans : l’hémisphère que nous décrivons aujourd’hui n’est donc pas immuable sur des millions d’années.

L’hémisphère océanique est plus qu’une curiosité cartographique : il matérialise la façon dont l’eau structure la planète, depuis la régulation thermique jusqu’aux cycles biologiques et aux enjeux climatiques contemporains. Sa compréhension est indispensable pour penser la gouvernance des océans et les réponses au changement global.

Références bibliographiques :

  • Wikipedia (en anglais), Land and water hemispheres, Wikipedia, The Free Encyclopedia, dernière mise à jour : 2 juillet 2024, URL  (consulté le 9 octobre 2025).
  • Wikipedia (en anglais), Pacific Ocean, Wikipedia, The Free Encyclopedia, dernière mise à jour : 14 septembre 2024, URL  (consulté le 9 octobre 2025).
  • National Geographic Education, All About the Ocean, Education Resource Library, National Geographic Society, 2024, URL  (consulté le 9 octobre 2025).
  • Encyclopædia Britannica, Ocean (Earth), Britannica Academic, Encyclopædia Britannica, Inc., révisé 2024, URL  (consulté le 9 octobre 2025).
  • Alegsa Online Encyclopedia, Water hemisphere, AlegsaOnline.com, 2023, URL  (consulté le 9 octobre 2025).
  • Institut de Ciències del Mar (ICM-CSIC), Physical Oceanography Lecture Notes – Introduction to Oceanography, Barcelone, 2022, URL  (consulté le 9 octobre 2025).
  • Berget, Alphonse, La Terre : configuration et structure, Paris : Félix Alcan, 1909. (Ouvrage historique mentionné pour la genèse du concept d’hémisphères terrestres différenciés).