Expression : mettre le grappin sur quelque chose / quelqu’un (définition, signification, origine, étymologie)

 

Définition et signification de l'expression mettre le grappin sur quelque chose / quelqu’un

  • S’emparer de quelque chose de manière énergique ou déterminée.
  • Accaparer une personne, la retenir ou l’assujettir, parfois contre sa volonté.

L’expression « mettre le grappin sur quelque chose / quelqu’un » relève du registre familier à courant et s’emploie principalement au sens figuré. Elle désigne l’action de prendre possession d’un bien matériel ou immatériel, souvent avec une idée de convoitise, d’insistance ou de contrainte. Appliquée à une personne, la locution suggère une forme d’emprise ou de captation, qu’elle soit effective ou simplement perçue comme telle.

Dans les deux cas, l’expression implique une asymétrie de volonté ou de pouvoir : celui qui « met le grappin » agit activement, tandis que l’objet ou la personne visée subit — ou semble subir — cette prise. Le tour peut donc véhiculer une nuance péjorative, notamment lorsqu’il suggère l’abus, l’opportunisme ou l’intérêt personnel.

Origine et étymologie de l'expression mettre le grappin sur quelque chose / quelqu’un

Le substantif grappe apparaît en français dès le XIIᵉ siècle. Il est issu du francique krappa, signifiant « crochet ». Cette étymologie, attestée par les travaux de lexicographie historique, éclaire l’évolution sémantique du terme. La grappe de raisin tirerait en effet son nom d’une métaphore fondée sur la forme de la branche qui soutient les fruits, laquelle évoquerait un crochet ou un élément recourbé.

De ce noyau sémantique dérive le mot « grappin », attesté au XIVᵉ siècle, d’abord dans le vocabulaire maritime. Le grappin désigne alors un « crochet d’abordage », instrument muni de pointes et relié à une corde, utilisé pour agripper un navire ennemi. Lors des combats navals, les assaillants lançaient ces grappins afin de maintenir leur cible à proximité et de faciliter l’abordage.

C’est à la fin du XVIIᵉ siècle que la locution « mettre le grappin sur » se fixe dans la langue française avec un emploi figuré. La métaphore est directement héritée de la pratique maritime : « jeter le grappin » revient à s’emparer d’un objet convoité ou à immobiliser une entité pour l’empêcher d’échapper. Cette transposition imagée rend l’expression immédiatement compréhensible, tant le lien entre le geste concret et le sens abstrait est explicite.

Usage contemporain et extension du sens de l'expression mettre le grappin sur quelque chose / quelqu’un

Progressivement détachée de son contexte maritime, la locution s’est généralisée à des situations variées de la vie sociale, économique ou affective. On peut ainsi « mettre le grappin sur un poste », « sur une affaire lucrative » ou encore « sur une personne ». Dans ce dernier cas, l’expression est fréquemment utilisée pour évoquer une relation marquée par l’intérêt, la séduction insistante ou la volonté de tirer avantage de l’autre.

Si la contrainte n’est pas toujours réelle — la personne visée pouvant se montrer consentante —, l’image conserve une connotation de capture ou d’emprise. Elle suggère que la relation est motivée par un bénéfice attendu (argent, pouvoir, influence, prestige), ce qui confère à l’expression une tonalité souvent critique ou ironique.

Ainsi, « mettre le grappin sur » demeure une métaphore vivante, dont la force expressive repose sur l’imaginaire de l’appropriation et de la prise de contrôle. Son usage contemporain témoigne de la capacité du français à recycler des termes techniques anciens pour exprimer, de manière imagée, des réalités sociales et psychologiques actuelles.