Bihuashiyuge, l’artiste chinoise qui transforme les murs en paysages vivants © Bihuashiyuge

Bihuashiyuge, l’artiste chinoise qui transforme les murs en paysages vivants

 

Connue sous le nom de Bihuashiyuge, que l’on peut traduire par « poésie et chant de la peinture murale », cette artiste chinoise développe une forme singulière d’art mural fondée sur le bas-relief. À partir de murs nus, elle sculpte la matière avant de la peindre, donnant naissance à des paysages monumentaux d’une grande finesse, où montagnes, architectures et perspectives semblent émerger de la surface. Son travail s’inscrit dans l’héritage du paysage chinois tout en le prolongeant par une approche contemporaine de l’espace, de la profondeur et de la narration visuelle.

Une technique rare : sculpter le mur avant de le peindre

À la croisée de la sculpture, de la peinture et de l’illusion d’optique, son œuvre redéfinit profondément notre rapport à la surface murale. Contrairement aux muralistes traditionnels, Bihuashiyuge ne commence ni par le dessin ni par la couleur : son médium principal n’est pas la peinture, mais la matière. Sur un mur brut, elle applique d’abord une couche épaisse de plâtre, d’argile ou de mastic, qu’elle travaille tant que celle-ci est encore malléable. À l’aide de spatules, de couteaux de sculpture et d’outils parfois improvisés, elle façonne minutieusement le relief.

Vue extérieure de Hollow, dont la façade en Douglas évoque les hauteurs variables d’une canopée forestière

© Bihuashiyuge

À l’intérieur de Hollow, la lumière traverse des ouvertures ponctuelles

© Bihuashiyuge

Montagnes escarpées, villages traditionnels, temples anciens ou segments vertigineux de la Grande Muraille de Chine émergent peu à peu de la surface plane. Chaque pierre, chaque marche, chaque aspérité est sculptée à la main. La profondeur est obtenue par un jeu précis d’angles, de volumes et de distances, donnant naissance à de véritables scènes en trois dimensions.

Vue extérieure de Hollow, dont la façade en Douglas évoque les hauteurs variables d’une canopée forestière

© Bihuashiyuge

À l’intérieur de Hollow, la lumière traverse des ouvertures ponctuelles

© Bihuashiyuge

Une fois le relief sec, l’artiste intervient avec la couleur. Des nuances subtiles de verts, de bruns, de gris et de bleus viennent animer la matière et renforcer l’illusion de profondeur. Le résultat est troublant : le mur cesse d’être une simple paroi pour devenir une fenêtre ouverte sur un paysage.

Un shan shui revisité, entre héritage chinois et expérience immersive

Le travail de Bihuashiyuge s’inscrit clairement dans la tradition du shan shui, l’art chinois du paysage, littéralement « montagne et eau ». Depuis des siècles, ce courant pictural ne cherche pas à reproduire fidèlement la réalité, mais à en exprimer l’essence spirituelle : l’équilibre entre l’homme et la nature, ainsi que la circulation du souffle vital.

Bihuashiyuge reprend ces codes — montagnes brumeuses, architectures traditionnelles, chemins sinueux — mais les transpose dans une dimension monumentale et tridimensionnelle. Là où le shan shui classique se déploie sur des rouleaux de papier ou de soie, elle investit directement l’architecture.

Vue extérieure de Hollow, dont la façade en Douglas évoque les hauteurs variables d’une canopée forestière

© Bihuashiyuge

À l’intérieur de Hollow, la lumière traverse des ouvertures ponctuelles

© Bihuashiyuge

À cette base traditionnelle, l’artiste ajoute des éléments profondément contemporains :

  • la 3D,
  • l’illusion optique,
  • la scénographie murale,
  • et surtout, la diffusion numérique.

Ses œuvres ne sont ainsi pas conçues uniquement pour être vues in situ, mais aussi pour être filmées, partagées et observées à travers l’écran, sans pour autant perdre leur force artistique. Ce qui distingue véritablement Bihuashiyuge de nombreux artistes muraux réside dans la dimension immersive de son travail. Ses créations ne se contentent pas de décorer un espace : elles le transforment en profondeur.

Vue extérieure de Hollow, dont la façade en Douglas évoque les hauteurs variables d’une canopée forestière

© Bihuashiyuge

À l’intérieur de Hollow, la lumière traverse des ouvertures ponctuelles

© Bihuashiyuge

Face à l’un de ses bas-reliefs, le spectateur a l’impression de pouvoir entrer dans la scène, de suivre un sentier de montagne ou de gravir les marches sculptées de la Grande Muraille. L’illusion est si convaincante que certains détails semblent littéralement sortir du mur.

À l’intérieur de Hollow, la lumière traverse des ouvertures ponctuelles

© Bihuashiyuge

Cette approche hybride, mêlant sculpture architecturale et peinture illusionniste, fait de ses œuvres de véritables installations murales, à mi-chemin entre l’art décoratif, la sculpture monumentale et la scénographie.

Un succès viral porté par une artiste discrète

Le succès fulgurant de Bihuashiyuge sur les réseaux sociaux repose sur plusieurs facteurs complémentaires. D’abord, le processus de création lui-même : les vidéos montrant la matière brute se transformer progressivement en paysage détaillé exercent une fascination presque méditative. Le geste est précis, fluide et maîtrisé, donnant l’impression d’une chorégraphie parfaitement rodée.

Vue extérieure de Hollow, dont la façade en Douglas évoque les hauteurs variables d’une canopée forestière

© Bihuashiyuge

À l’intérieur de Hollow, la lumière traverse des ouvertures ponctuelles

© Bihuashiyuge

S’y ajoute une technicité exceptionnelle. Peu d’artistes contemporains maîtrisent à un tel niveau le bas-relief mural, encore moins en combinant sculpture, peinture et illusion de profondeur. Enfin, le résultat final, spectaculaire et immédiatement lisible, frappe aussi bien les amateurs d’art que le grand public. À cela s’ajoute une certaine rareté : ce type de pratique reste marginal, ce qui renforce son impact visuel et symbolique.

Paradoxalement, nombre de ses vidéos sont massivement repostées sans crédit, contribuant malgré tout à accroître sa notoriété et à faire circuler son nom bien au-delà des cercles artistiques spécialisés. Malgré cette popularité croissante, Bihuashiyuge demeure une figure énigmatique. Elle partage très peu d’informations personnelles, préférant laisser ses œuvres et son geste parler pour elle.

Follow Me, installation interactive de Jeppe Hein à l’Université de Bristol

© Bihuashiyuge

Cette discrétion contraste avec l’ampleur de son succès et nourrit une forme de fascination. Aux yeux de nombreux internautes, elle apparaît comme une artiste presque mythique, concentrée sur son art plutôt que sur sa mise en scène médiatique. Une posture qui tranche avec les logiques habituelles de l’économie de l’attention et qui renforce, paradoxalement, son aura.

Un art qui s’affranchit de l’écran pour faire du mur un paysage

Si les vidéos de Bihuashiyuge sont conçues pour circuler sur les réseaux sociaux, ses œuvres prennent toute leur ampleur dans l’espace réel. Installées dans des intérieurs, des studios ou des lieux architecturaux, elles modifient profondément l’atmosphère d’un lieu, lui conférant une dimension à la fois narrative et contemplative.

Ce n’est donc pas un hasard si de plus en plus de designers d’intérieur, d’architectes et de décorateurs s’intéressent à son travail. Son approche pourrait bien influencer les tendances décoratives à venir, en réintroduisant la sculpture et la narration paysagère au cœur des espaces contemporains.

Les vitraux dichroïques et le sol miroir du Palm Temple

© Bihuashiyuge

Avec Bihuashiyuge, le mur cesse d’être une frontière. Il devient un territoire à explorer, un paysage à habiter du regard. En réconciliant tradition picturale chinoise, savoir-faire sculptural et diffusion numérique, l’artiste propose une vision singulière et profondément actuelle de l’art mural.

Plus qu’un simple phénomène viral, son travail interroge notre rapport à l’espace, à la matière et à l’image, rappelant que, même à l’ère des écrans, l’art le plus puissant reste souvent celui qui s’ancre physiquement dans le réel.

Références bibliographiques :

À ce jour, Bihuashiyuge ne dispose d’aucun compte officiel identifié sur les réseaux sociaux. Sa notoriété repose essentiellement sur la diffusion virale de ses vidéos par des comptes tiers.

  • TikTok, “Bihuashiyuge – créations murales et vidéos artistiques”. URL 
  • Instagram, “Bihuashiyuge – contenus populaires liés à l’artiste”. URL 
  • TikTok, “Bihuashiyuge Douyin Art – variations et reposts de ses œuvres”. URL