Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) : L’oiseau mythique d’Amérique centrale

 

Le quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) est l’un des oiseaux tropicaux les plus emblématiques et les plus spectaculaires d’Amérique centrale. Appartenant à la famille des Trogonidés, il fascine autant par son plumage irisé aux reflets changeants que par la place centrale qu’il occupe dans les forêts de nuages et dans l’imaginaire des civilisations mésoaméricaines.

Espèce inféodée aux écosystèmes forestiers d’altitude, le quetzal resplendissant incarne aujourd’hui l’un des emblèmes majeurs de la biodiversité et des efforts de conservation en Amérique centrale. Souvent considéré comme l’un des plus beaux oiseaux du monde, il demeure entouré de croyances anciennes. Longtemps réputé incapable de survivre en captivité, il est devenu une figure universelle de liberté, profondément ancrée dans la culture guatémaltèque et, plus largement, dans l’imaginaire mésoaméricain.

Quetzal resplendissant : classification scientifique et étymologie du nom

Le quetzal resplendissant a été décrit pour la première fois en 1832 par le naturaliste mexicain Pablo de la Llave. Son nom scientifique, Pharomachrus mocinno, rend hommage à José Mariano Mociño, botaniste et zoologiste ayant participé à une importante expédition scientifique en Amérique centrale. Le genre Pharomachrus comprend cinq espèces de quetzals, tandis que le terme « quetzal » trouve son origine dans le nahuatl quetzalli, désignant une plume longue et précieuse.

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) observé dans son habitat naturel

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno), espèce emblématique dont le nom scientifique honore José Mariano Mociño. | © Alain Clement

Deux sous-espèces sont actuellement reconnues : Pharomachrus mocinno mocinno, présente au Mexique et dans le nord de l’Amérique centrale, et Pharomachrus mocinno costaricensis, localisée au Costa Rica et dans l’ouest du Panama. Certains ornithologues débattent encore du statut de cette dernière, parfois considérée comme une espèce distincte. Le quetzal resplendissant est le plus grand représentant de la famille des trogons.

Description du quetzal resplendissant : couleurs, plumage irisé et différences mâle/femelle

Le quetzal resplendissant mesure entre 36 et 40 centimètres de longueur corporelle. Chez le mâle adulte, les plumes caudales, particulièrement développées durant la saison de reproduction, peuvent atteindre entre 60 centimètres et plus d’un mètre selon la sous-espèce. Son plumage est majoritairement vert irisé, avec des reflets variant du vert doré au bleu violacé selon l’angle de la lumière, une adaptation efficace au camouflage dans la canopée forestière.

Mâle quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) au plumage vert irisé et à la longue queue caractéristique

Mâle quetzal resplendissant. | © Peter Förster

Femelle quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) au plumage brun-vert plus discret et à la queue courte

Femelle quetzal resplendissant. | © Anthony Batista

La poitrine et le ventre du mâle sont d’un rouge vif très contrasté, tandis que les ailes présentent des zones noires profondes. Une crête en forme de casque surmonte la tête, et le bec, jaune chez le mâle adulte, est partiellement dissimulé par des plumes filamenteuses. La femelle, plus petite et nettement moins colorée, présente un plumage brun-gris à reflets bronze, un ventre grisâtre et un bec sombre, offrant un camouflage optimal lors de la nidification.

  • Quetzal, principales différences entre les sexes
    • Mâle : plumage irisé éclatant, longues plumes caudales, poitrine rouge, crête marquée.
    • Femelle : coloration plus terne, queue courte, plumage cryptique.

Où vit le quetzal resplendissant ? Habitat, altitude et répartition géographique

Le quetzal resplendissant est strictement associé aux forêts tropicales humides de montagne, et plus particulièrement aux forêts de nuages, situées entre 900 et 3 200 mètres d’altitude. Ces écosystèmes se caractérisent par une humidité constante, une couverture nuageuse fréquente et une végétation dense composée d’arbres anciens, d’épiphytes et de mousses.

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) perché dans une forêt de nuages, son habitat naturel d’altitude

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) observé dans une forêt de nuages, son habitat privilégié situé entre 1 000 et 3 000 m d’altitude dans les montagnes d’Amérique centrale. | © Marina Germain

L’espèce est présente du sud du Mexique (Chiapas et Oaxaca) jusqu’à l’ouest du Panama, en passant par le Guatemala, le Honduras, le Salvador, le Nicaragua et le Costa Rica. La séparation géographique entre les deux sous-espèces est due à la dépression nicaraguayenne, une vaste zone de basses terres peu favorable à la reproduction du quetzal.

Que mange le quetzal ? Régime frugivore, avocats sauvages et rôle dans la forêt

Le quetzal resplendissant est un oiseau majoritairement frugivore, spécialisé dans la consommation de fruits issus de la famille des Lauracées, notamment des avocats sauvages. Il avale les fruits entiers avant de régurgiter les noyaux, favorisant ainsi la dispersion des graines de nombreuses espèces végétales essentielles à la régénération des forêts de nuages.

Femelle quetzal resplendissant avalant un avocat sauvage, fruit essentiel à son régime frugivore

Femelle quetzal resplendissant consommant un avocat sauvage, l’un des fruits clés de son régime frugivore. En avalant le fruit entier puis en régurgitant le noyau, elle contribue activement à la dispersion des graines dans les forêts de nuages. | © ryanacandee

Son alimentation est complétée par des insectes, des larves, des grenouilles, des lézards et des escargots, particulièrement durant la période d’élevage des jeunes. Les adultes consomment davantage de fruits, tandis que les poussins reçoivent principalement des proies animales riches en protéines.

Comportement du quetzal resplendissant : chant, reproduction et nidification

En dehors de la saison de reproduction, le quetzal resplendissant adopte un comportement discret et solitaire, restant silencieux afin d’échapper aux prédateurs. Durant la période nuptiale, il devient au contraire très vocal et territorial. Il émet une large gamme de vocalisations mélodieuses, utilisées pour la défense du territoire et l’attraction des partenaires.

Quetzal resplendissant sortant la tête d’une cavité de nidification dans un arbre

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) observé à l’entrée de sa cavité de nidification, creusée dans un tronc en décomposition. Cette posture est typique durant la période de reproduction, lorsque les adultes alternent l’incubation et la surveillance du nid. | © stef.spike

La reproduction est saisonnière et varie selon les régions, s’étendant généralement de mars à août. Le quetzal est monogame et niche dans des cavités creusées dans des arbres en décomposition ou dans d’anciens trous de pics. La femelle pond de un à trois œufs, incubés alternativement par les deux parents pendant environ 17 à 19 jours. Les jeunes quittent le nid après un mois, mais les longues plumes caudales du mâle ne se développent pleinement qu’après plusieurs années.

Importance écologique du quetzal resplendissant et enjeux de conservation

En tant que disperseur de graines, le quetzal resplendissant joue un rôle écologique fondamental dans le maintien de la biodiversité des forêts de montagnes. Il participe à la régénération de nombreuses espèces d’arbres et contribue à la stabilité de ces écosystèmes parmi les plus riches et les plus menacés du continent américain.

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno) dans son habitat naturel, espèce clé des forêts de nuages

Le Quetzal resplendissant est une espèce essentielle à la régénération des forêts de nuages grâce à son rôle de disperseur de graines, elle est aujourd’hui menacée par la déforestation et la fragmentation de son milieu. | © Pierrot Tellier-Machabée

Le quetzal resplendissant est classé comme espèce « quasi menacée » par l’Union internationale pour la conservation de la nature. La destruction de son habitat, liée à la déforestation, à l’agriculture et à la fragmentation forestière, constitue la principale menace pesant sur ses populations. La chasse occasionnelle et le commerce illégal subsistent localement.

Plusieurs populations bénéficient toutefois d’une protection au sein de réserves naturelles et de parcs nationaux. Le quetzal est également devenu une espèce phare de l’écotourisme ornithologique, contribuant indirectement à la préservation de son habitat.

Symbolique du quetzal dans les cultures mayas : mythes, légendes et héritage

Dans les civilisations mayas et aztèques, le quetzal était associé à Quetzalcoatl, le dieu du serpent à plumes, incarnation de la vie, du savoir et du vent. Ses plumes vertes symbolisaient la fertilité, la richesse et le pouvoir spirituel. La mise à mort de l’oiseau était interdite ; seules ses plumes étaient prélevées avant de le relâcher.

Quetzal resplendissant, oiseau sacré des Mayas, symbole de liberté et de renouveau

Quetzal resplendissant, oiseau sacré des civilisations mayas et symbole de liberté, de renouveau et de pouvoir spirituel. Ses plumes étaient autrefois considérées comme précieuses et associées aux divinités, notamment au serpent à plumes Quetzalcoatl. | © MaïTé

Le quetzal est aujourd’hui l’animal national du Guatemala. Il figure sur le drapeau et les armoiries du pays et a donné son nom à la monnaie nationale. De nombreuses légendes, dont celle liée au héros maya Tecún Umán, expliquent l’origine mythique de la poitrine rouge de l’oiseau et renforcent son statut de symbole identitaire et culturel.

À la fois icône culturelle, espèce clé des forêts de nuages et indicateur de la santé des écosystèmes montagnards, le quetzal resplendissant incarne l’urgence de préserver un patrimoine naturel et culturel unique au monde.

Ressources bibliographiques :

  • « Quetzal », Encyclopædia Britannica: A Dictionary of Arts, Sciences, and General Literature, Chicago, R. S. Peale & Co., 1890, p. 179‑180.
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  • Sofia Solórzano, Miguel Castillo‑Santiago, Dario Navarrete‑Gutiérrez et Ken Oyama, « Impacts of the Loss of Neotropical Highland Forests on the Species Distribution: A Case Study Using Resplendent Quetzal, an Endangered Bird Species », Biological Conservation, vol. 114, no 3, 2003, pp. 341‑349. URL 
  • Sofia Solórzano, Allan Baker et Ken Oyama, « Conservation Priorities for Resplendent Quetzals Based on Analysis of Mitochondrial DNA Control-Region Sequences », Ornithological Applications, vol. 106, no 3, 2004, pp. 449‑456. URL 
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  • BirdLife International, « Pharomachrus mocinno », IUCN Red List of Threatened Species, 2023. URL 
  • Isabel Bueno, « Le quetzal, oiseau sacré de l'Amérique », Histoire & Civilisations, octobre 2023.